Lors de la session budgétaire, notre conseiller provincial Guirec Halfants prenait la parole pour soulever des points concernant des problématiques importantes dont certaines ont pu être mises en lumière par la réalité de la situation sanitaire actuelle. Nous vous invitons à retrouver ci-dessous l’intégralité de son intervention :

« Chères Conseillères et Conseillers provincial et membres de cette Assemblée,

Chers membres de l’Administration provinciale,

Chers surfeurs et surfeuses qui suivez nos vidéo-débats provinciaux.

Voici venir la fin de la session budgétaire de ce mois d’octobre 2020. Une session dans le mode virtuel qui commence à devenir la norme cette année, ce qui n’est pas facile, complique les débats et nuit à l’exercice de la démocratie.

C’est aussi un mode cohérent avec la situation sanitaire actuelle.

Le sanitaire, parlons-en.

Nous ne voulons d’abord pas oublier le drame humain pour ceux qui perdent leurs proches, pour ceux qui plongent ou replongent dans la précarité, pour ceux qui assurent pour nous tous : le travail indispensable pour faire tourner notre société : le soin, l’accompagnement des personnes, la production de nourriture de qualité, le transport, le nettoyage…

Cette situation sanitaire nous a aussi montré à quel point nous pouvions vivre des situations diverses tout en étant voisins, privilège d’un télétravail dans de bonnes conditions pour certains, exposition des autres à de possibles contaminations, aux aléas de logement précaires ou exigus et à la fracture numérique.

Le sanitaire pose un défi à notre société, un défi qui s’annonçait depuis longtemps, mais un défi que nous peinons à prendre en compte dans notre travail politique.

Tout comme le défi du changement climatique.

La crise sanitaire, nous ne l’avons pas évoquée autant que prévu dans les débats, sauf au moment où nous avons abordé la situation de Vivalia et en particulier la situation du personnel soignant et des infirmières qui fait face aujourd’hui a une deuxième vague qui arrive trop vite et avec le constat amer que les huit mois de crise passés n’ont pas toujours permis de nous préparer mieux.

Nous mettons du temps aussi à vraiment comprendre jusqu’où cette crise nous mène et quelle est la profondeur de la remise en question de notre modèle.

C’est ce qui se passe aussi avec le changement climatique dont on parle depuis des années sans que nous acceptions de changer notre façon de faire.

Les jeunes ont défilé dans les rues pour nous exiger de lutter contre le changement climatique. La pandémie nous montre avec violence maintenant un lien oublié entre la biodiversité et notre survie.

Il faut en prendre la mesure.

Il faut réagir.

Au niveau de l’action de la Province, là où la Province joue encore un rôle, nous voyons en particulier deux axes importants où les questions d’environnement, de biodiversité et de justice sociale sont centrales: le développement économique et l’agriculture.

Près de 3 millions d’euros de subsides sont injectés dans ces deux secteurs, plus de 20 % du budget annuel des subsides de la Province pour l’année 2020.

Concernant le développement économique, vous connaissez la position de notre groupe sur la stratégie d’Idelux qui travaille encore à développer une activité selon des paramètres inadaptés aux défis climatiques et sanitaires et inadaptés aux besoins actuels de notre territoire.

Selon nous les besoins sont:

  • une activité économique locale et résiliente – par rapport aux changements, par rapport aux chocs planétaires -,
  • une activité qui réponde aux besoins fondamentaux de la population – santé, alimentation et emploi pour toutes et tous -,
  • une activité qui préserve les terres et la biodiversité, une activité qui implique la population.

Nous ne parlons pas ici de la sanctuarisation d’une province verte et pure nature.

On nous répond de tous les bancs qu’il y a une énorme évolution, on nous parle de l’épuration de l’eau et des déchets et pour mieux nous convaincre on parle de DD dans tous les Parcs d’activité économique.

La question n’est pas de critiquer le travail du personnel de l’intercommunale. Nous sommes convaincus qu’ils ont d’énormes capacités et qu’ils sont nombreux à penser et vouloir un autre développement mais qu’en est-il du CA qui émane de nos rangs et définit le cadre de travail?

Nous constatons finalement aussi que si tout le monde doit faire des efforts d’économie, et en particulier le personnel de la Province, on évite de demander à l’intercommunale d’en faire autant, notamment en diminuant notre contribution au Fonds d’expansion économique (de l’ordre de 900 000 euros pour la Province).

Concernant l’agriculture, la Province fait beaucoup de choses pour les agriculteurs locaux. Nous le reconnaissons, bien sûr, et nous reconnaissons la diversité des actions conduites par les multiples structures provinciales qui interviennent avec un grand potentiel de flexibilité et d’adaptation aux besoins en évolution.

Nous appelons surtout à affiner les approches sur les domaines de plus-value de la Province qui sont nombreux, car nous savons que les grands acteurs agricoles bénéficient déjà de mécanismes d’aides, notamment avec la PAC qui a été reconduite au niveau européen.

Une PAC qui a largement oublié les 80 % de petites exploitations en Europe en leur réservant à peine 20 % des enveloppes budgétaires -.

La Province de Luxembourg qui n’abrite pas naturellement une agriculture industrielle doit donner une place centrale et appuyer une agriculture locale et respectueuse de la terre et de la biodiversité et une agriculture à échelle humaine. C’est justement cette agriculture qui est restée à l’ombre de la PAC.

Il y a aussi trop peu de mécanismes pour aider l’agriculture à s’adapter aux changements climatiques et on essaye vainement de maintenir les mécanismes de compensation des pertes pour que l’agriculture ne coule pas trop vite. La Province peut mettre l’accent sur l’adaptation dans les petites et moyennes exploitations.

De nouveau, nous ne sommes pas dans la logique de la sanctuarisation d’une Province verte comme certains voudraient le faire croire de façon caricaturale.

Je voudrais conclure avec une réflexion sur l’exercice budgétaire qui nous a occupé.

Le Député Bernard Moinet, qui pilote avec brio le budget dans des conditions de plus en plus difficiles, tente parfois de nous faire croire que la décision de réserver un budget n’est pas une décision de le dépenser mais nous savons tous que le budget est composé de choix politiques qui définiront la suite.

C’est dire comme cette session est importante.

Le financement de la contribution à la Zone de Secours pèse et pèsera de plus en plus lourd dans le budget de la Province et il met la majorité au pied du mur avec des décisions difficiles à prendre parce que ces décisions n’ont pas été prises auparavant.

Un premier effort de rationalisation a été fait maintenant avec la proposition de la Majorité mais nous voyons tous qu’il n’est pas suffisant puisque notre Collège annonce déjà les déficits qui nous attendent pour les prochains exercices.

Dans cet effort de rationalisation, nous épinglons cependant ce qui se passe avec les subventions et subsides, un poste de dépenses central dans le budget et central dans les choix politiques.

Un nouveau règlement en matière de subsides sera prochainement soumis au conseil provincial avec de nouveaux critères d’attribution et nous allons donc voter le règlement après avoir sécurisé les subsides habituels dans le présent budget. La majorité gagne encore une année pour distribuer des subventions avec parfois un manque de cohérence et on ne voit d’ailleurs pas un effet marquant de diminution de l’importance des subsides dans le nouveau budget.

Il s’agit d’une évaluation globale mais il faut reconnaître aussi que certains Députés ont fait un effort considérable d’adaptation de leur approche, par exemple en matière de bibliothèques.

Nous n’oublions pas non plus les hommes et les femmes qui s’impliquent tous les jours dans le travail de la Province, il faut le reconnaître.

Il faut veiller aussi à ne pas perdre ce qui est fait pour la Province. Il faut veiller à ce que cela soit fait dans le futur au niveau de la Région wallonne et dans les communes.

Pour cela l’expérience et la connaissance des agents sera précieuse.

On voit la Région wallonne prendre le relais de l’activité de la Province – nous pensons par exemple aux tourisme, à certains mécanismes de subsides pour la reforestation, à des dispositifs d’appuis en agriculture –, à nous de prendre cela comme des opportunités de pérenniser notre action passée et à ne pas s’accrocher à leur maintien dans la Province qui a d’autres cartes à jouer encore.

Merci de votre attention.»

  • Guirec Halfants, conseiller provincial ECOLO
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