Chers collègues,

Nous voici déjà à la fin de la dernière session budgétaire de cette législature et j’ai bien peur que de mon premier discours ne se dégage comme une impression de déjà vu, de déjà entendu.

Votre note de politique générale m’inspire une sagesse chinoise : “Ne pas avoir de but est aussi un but.”

La note de politique générale est censée être la destination, l’objectif à atteindre; le budget c’est le carburant pour nous y amener. Le problème, à l’évidence, ce n’est pas le budget. On dégage un confortable boni de 117.632 EUR. Non le défi c’est de déceler dans les 72 pages de la note de politique générale où se trouvent les priorités, les lignes directrices. Comme chaque année c’est une chasse au trésor, avec en prime quelques énigmes.

Alors, faisons fi un instant de la note de politique et ne regardons que les chiffres.

Il est clair que la réduction voulue par la Région, de 5% du fonds des provinces n’handicape pas outre mesure les finances provinciales. Je l’ai dit, le résultat présumé est en boni et il succède à des résultats précédents également dans le vert.

La demande de l’opposition de réduire de manière prudente les centimes additionnels au précompte immobilier – établis à 1980 centimes lorsque la Province était gravement dans le rouge – se justifie aujourd’hui pleinement.
Utilisons cette occasion pour anticiper la probable réforme des provinces en recentrant l’action de l’institution sur des missions de base, essentielles à la Province, aux communes et aux citoyens. Sans être exhaustif, je vais en citer certaines au long de mon discours.

Sur l’avenir de l’institution

Il existe en anglais une expression qui s’applique assez bien à cette session budgétaire, on dit qu’il y a « un éléphant dans la pièce » (an elephant in the room), un sujet tellement énorme, tellement prégnant que personne ne le cite clairement. Il n’a été abordé qu’indirectement, par circonlocutions… Ce sujet, c’est l’avenir des provinces. L’affaire Publifin aura en effet abouti à une décision, claire dans son énoncé, la fin des provinces. Avant de lever les yeux au ciel, pensez bien à ceci : certains grands défenseurs de l’institution provinciale qui ont partagé nos débats au début de la législature ont continué leur route à Bruxelles ou à Namur et depuis ont changé assez radicalement de discours. Une conviction peut-elle être à ce point différente selon le contexte?

Dès lors, regardons froidement la situation de notre institution, des intercommunales et des organes divers qu’elle soutient. Et soyons irréprochables tant dans la gouvernance, que dans l’efficacité de chacun de nos soutiens financiers. Il n’y a pas eu de Publifin en Province de Luxembourg, fort heureusement. Mais certaines de nos actions en faveur d’entités provinciales, d’ASBL posent question. Si personne ici ne remet en cause l’utilité de soutenir le CER dans ses activités, un malaise est perceptible dans ses organes et sa gouvernance. Nous sommes ECOLO d’autant plus à l’aise pour en parler que nous ne siégeons pas au CA de par la clé d’Hondt.

D’autre part, que les missions d’ASBL telles que NGE, évoluent suivant les besoins est compréhensible et respectable à condition d’actualiser le contrat qui les lie à la Province, de redéfinir clairement les nouvelles missions et les moyens octroyés et d’assurer un suivi des activités. Convenons ensemble que depuis un certain nombre d’années ces conditions ne sont pas toujours remplies.

Je voudrais élargir ma réflexion au soutien récurrent ou non à toutes les structures extérieures à l’institution. Pour les subventions non récurrentes, ne serait-il pas temps de mettre en place un droit de tirage où la Province définirait d’année en année les missions prioritaires qu’elle désire subventionner.

Vivalia

De la clarté, il en faut aussi lorsque l’on provisionne un demi-million d’euros pour Vivalia. Que sommes-nous censés comprendre par « Extension de couverture héliportée » ! Pire, lors de nos questions légitimes – prévisibles devrai-je dire – pour connaître les intentions de la Députée, nous ne recevons aucune explication précise, aucun éclaircissement. On provisionne pour « donner un signal ». Un signal à 500.000 euros, sans blague !

J’espère que vous comprenez notre effarement et je vous signale aussi que nous avons une mémoire. Nous nous rappelons la promesse électorale en 2014 du cdH, qui donna lieu à de jolis reportages, photos à l’appui depuis le cockpit d’un hélico. Ensuite, plus rien. Envolée la promesse. Et pour cause, il est moins sexy d’expliquer qu’une organisation intelligente de PIT et de SMUR sur le territoire sera plus à même de compléter le service, salué de tous, du Centre Médical Héliporté de Bra-sur-lienne. Ou qu’une synergie avec le service le Luxembourg Air Rescue serait sans doute plus efficace.

Dommage également de ne pas s’attaquer aux problèmes récurrents et souvent évoqués dans cette enceinte de l’AMU: le manque de médecins urgentistes, certaines infrastructures inadaptées mettent nos SMUR dans le rouge. La Province, je vous le rappelle est l’actionnaire majoritaire. A ce titre elle est en droit, elle a le devoir même, d’explorer avec les instances de l’intercommunale de soins, les meilleures solutions.

Notons que l’action de la Province peut être bénéfique, comme elle commence à l’être dans le cadre de l’attractivité des médecins généralistes, après pas mal de tâtonnements.

IMP

Vous avez cependant une action prioritaire, présentée comme telle et confirmée dans le budget (15 millions d’EUR à l’ordinaire), il s’agit des IMP, les Instituts Médico-Pédagogiques.

Mont: l’accueil d’enfants handicapés physiques, infirmes moteurs cérébraux et polyhandicapés.
Ethe: enfants atteints de troubles caractériels et/ou atteints de déficience mentale légère ou modérée.
Forrières: enfants présentant des troubles du comportement
Val d’Aisne: adolescents présentant des troubles du comportement.

Patrick Adam a souvent salué l’unanimité du Conseil pour soutenir et même investir dans ces structures remarquables, comme à présent dans une école numérique «Dys». Je tiens à mon tour à saluer les efforts et le suivi du Collège en faveur des IMP et surtout bien sûr de saluer le personnel de ces structures. Nous mesurons à la fois leur dévouement et soulignons l’utilité de leur travail pour les enfants et les familles concernés.

Développement durable

La Province s’est engagée – cette fois de manière concrète – dans la voie de la transition énergétique. Les index, relevés chaque mois, confirment une baisse sensible des consommations et donc des émissions de gaz à effet de serre. Nous saluons cette tendance – enfin perceptible – qui fait suite il faut dire à une frénésie de projets : Pollec, Pep’sLux 2050, Parlement Citoyen Climat, Convention des Maires… Finalement voici un bel exemple de recentrage. En se concentrant sur la gestion rigoureuse de ses propres émissions la Province a développé deux outils exploitables par d’autres: le cadastre énergétique et la Gestion Technique Centralisée.

Ces deux expertises peuvent à présent enrichir la liste des services à destination de nos 44 communes. N’hésitez pas à intégrer cette GTC aux Services Provinciaux Techniques. Services d’ailleurs qui sont et resteront un pilier de la supra-communalité. L’expertise énergétique a clairement un avenir dans le cadre supra-communal.

Pour le reste, au risque de me répéter une 3e fois en 3 jours: nous sommes désespérément en attente d’une rénovation planifiée et ambitieuse des bâtiments énergivores. Et nous attendons un effort équivalent sur les consommations en carburant. Plus qu’une année pour faire la différence. Ca passe tellement vite 6 ans !

Jean-Philippe Florent, conseiller provincial

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